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27 août 08

Les yeux de ma chèvre

Dans ce livre publié en 1981, Les yeux de ma chèvre, un prêtre jésuite, Eric de Rosny, raconte comment il est devenu guérisseur au Cameroun, après un long parcours initiatique auprès d'un "nganga" de Douala. 

Vous pouvez lire ces pages passionnantes en adoptant différents points de vue. 

Suivant le point de vue du thérapeute, vous allez pouvoir appréhender la façon dont les africains soignent les maladies de l'esprit et du corps: 

"...Dieu donne à chaque homme sa chance, son poids de chance. Si elle ne sourit pas, si elle tourne, il faut, ou s'en prendre à soi-même, ou accuser les autres. Qui a dérangé le cours normal des choses?" ... "Leur fonction (celle des nganga) consiste à enlever cette malchance contre nature qui a été  'jetée' sur leurs patients comme un mauvais sort, et à les remettre en état de 'chance', en état de grâce." 

Suivant le point de vue du sociologue, vous serez captivé par la participation de la famille dans le processus de guérison. Ce n'est pas un individu qui vient consulter, mais les membres d'une famille: 

"... ne restent sur place que les familles et tous ceux qui ont quelque affinité avec les malades. Ce ne sont pas des spectateurs, mais des pratiquants d'une liturgie de la guérison." 

Suivant le point de vue de l'européen, la lutte du guérisseur (du nganga) contre le responsable de la malchance (comme dans le cas de l'une des filles du malade devenue sorcière...) tient plus de la superstition -ou de l'escroquerie- que de la thérapie. Faut-il pour autant rejeter les expériences vécues par Eric de Rosny? Comme le disait un ami sociologue (et amoureux de l'Afrique): 

"On ne croit pas ceux qui ne savent pas expliquer ce qu'ils font, comment ils s'y prennent. On rejette les guérisseurs africains ou les curandeiros brésiliens parce qu'ils ne savent pas pourquoi ça marche." 

Suivant le point de vue du pratiquant en hypnose, vous pouvez faire abstraction des éléments propres aux religions africaines pour retrouver l'universalité des états modifiés de conscience (la transe). Le livre fourmille de récits d'hallucinations collectives et individuelles. Dans l'annexe X, vous pouvez lire le magnifique récit d'une transe vécue par une femme rencontrant son époux mystique: 

"... je plonge en mer. Je m'en vais jusqu'aux profondeurs et je me couche là, et <<il>> vient. Puis je ressors. Vous voyez, je me rends parfois dans les lieux dangereux de la mer où les hommes ne vont pas. Ca se présente comme un gouffre. Quand j'arrive, je plonge au-dedans et j'entre. Je dors là au fond de l'eau et je commence à entendre des petits sons: kwang, kwang, puis je vois de mes yeux des choses comme des étoiles. Je reste là-dedans comme dans un autre monde, puis je ressors d'un coup..."




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