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Le blog de Frédéric Martin
L'Inde pense-t-elle ? Livre écrit par Guy Bugault, éditions puf.
Accrochez-vous! Lorsqu'un prof de philo pose la question de savoir si le bouddhisme est une philosophie, ou une thèse, un enseignement thérapeutique, une religion, une mystique, une doctrine, il faut s'accrocher aux branches. Certaines phrases demandent un Bac + 7 d'une fac rive gauche pour être comprises: "Lire Nagarjuna, c'est donc un exercice pour nous remettre nous-mêmes en question, nous astreindre à une emendatio intellectus,
dont nous verrons plus loin qu'elle fonctionne -pour Nagarjuna- comme
une propédeutique, purgative et ablative, à une
sotériologie."
L'intérêt du livre réside dans les premiers chapitres. Celui intitulé La question préalable présente de façon synthétique et claire un historique de la philosophie indienne. Dans les chapitres L'approche indienne de la souffrance et la Mystique et la rationalité dans le bouddhisme indien, Guy Bugault parvient à expliquer avec clarté et simplicité une vision intellectuelle du bouddhisme. La plupart des gens qui parlent du bouddhisme sont des pratiquants. Leurs discours est le plus souvent sympathique, enthousiaste, mais parfois un peu sommaire ...courants énergétiques...boules de lumière... On est plus chez Tintin et les boules de cristal que chez le médecin (ou le philosophe). La lecture de Guy Bugault montre que les techniques de méditation du bouddhisme peuvent être abordées par un occidental, sans devoir jeter à la poubelle l'héritage de Platon, Descartes, Montaigne et tant d'autres: "Cet accent se trouve
renforcé dans une version particulièrement
raffinée du quatrième aide-mémoire, celui qui
analyse les cinq skandha dont est composé l'être humain. Ici, l'ascète doit se représenter:
- toute forme matérielle (rupa) comme un flocon d'écume; - toute impression (vedana) comme une bulle crevant à la surface des eaux; - toutes les notions et dénominations (samjna) comme un mirage;
- la conscience polarisante et ségrégatrice (vijnana) comme le singe qui saute de branche en branche, ou comme le jeu prestigieux d'un magicien."
En donnant du sens aux supports de méditation, Guy Bugault permet à chacun d'approfondir sa propre pratique: "... Comment procède l'ascète pour se mettre à l'unisson de l'espace vide et infini? Et d'abord quels sont ses supports matériels? Il peut fixer le ciel à partir d'un trou pratiqué dans le toit. Mais il peut aussi bien recourir à un support mental: considérer l'espace contenu à l'intérieur du corps, puis imaginer qu'il se dilate, hors de cette cage, jusqu'à ce qu'il soit dépouillé de toute forme, relief et couleur: immatériel (arupya). Maintenant quelles sont ses motivations? Le Maha-prajna-paramita-sastra nous les explique: ... L'ascète considère donc sans cesse le vide du corps, pareil à celui d'une cage ou d'une marmite; en y songeant toujours sans cesse, il se libère de la matière et ne voit plus le corps... (ce corps, réceptacle de toutes sortes de douleurs)..."
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