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Le blog de Frédéric Martin

12
mars 2009
Pourquoi
s'intéresser à l'inconscient ?
Freud et Erickson
étaient avant tout des thérapeutes. Ils
consacraient la plus grande partie de leur journée aux
consultations. Avant
tout, ils s’intéressaient aux
mécanismes de l’inconscient dans le but de
soigner.
La
théorie de l’inconscient de Freud part de
l’analyse du
rêve. Dans sa Troisième
leçon sur la
psychanalyse il résume sa
pensée :
«
Le ‘contenu manifeste’ du rêve peut donc
être considéré
comme la réalisation déguisée
de désirs refoulés. »(1)
Freud
s’était aperçu que le fait de
verbaliser les désirs
refoulés et cachés avait un effet
thérapeutique. Le désir vient de
l’inconscient mais la conscience
s’oppose à un désir
trop puissant (inconvenant, choquant, immoral…). La
conscience refoule ce désir.
Le
psychanalyste se sert de l’analyse du rêve pour
déchiffrer le désir, pour le
retrouver, pour l’amener à la conscience. Car le
refoulement risque de
s’accompagner de symptômes pathologiques :
« L’angoisse
est un refus que le ‘moi’ oppose aux
désirs refoulés devenus puissants ;
c’est pourquoi sa présence dans le
rêve est très explicable si le rêve
exprime trop complètement ces désirs
refoulés. » (2)
Dans
cette vision de l’inconscient, on se retrouve face
à
un monde inconscient, à quelque chose
d’indescriptible, à un
« ça »,
d’où émergent des pulsions
incontrôlables, des pulsions de vie (positives,
dynamiques), de mort (destructrices, agressives). Dans
l’Interprétation des
rêves, il déclarait
déjà :
« Il
y a donc deux
sortes d’inconscients, que les psychologues
n’avaient pas encore
distinguées. Tous deux sont inconscients, au sens que donne
à ce mot la
psychologie. Pour nous, l’un des deux, celui que nous
appelons inconscient, ne peut en aucun cas
parvenir à la
conscience ; l’autre, que pour cette
raison nous nommons préconscient,
peut y parvenir après que ses excitations se sont
confrontées à certaines
règles, peut-être seulement après le
contrôle d’une nouvelle censure, mais cela
sans avoir égard au système
inconscient. » (3)
Erickson
pouvait partager les théories freudiennes, mais
il utilisait différemment le mot inconscient. Pour Erickson,
l’inconscient est
une ressource !
La
citation suivante, tirée de Hypnotherapy,
An exploratory casebook, illustre
bien l’importance qu’il donne
à
l’inconscient :
« Consciousness
does not have available all the knowledge that is in the unconscious,
which
actually governs our perceptions and behavior. » (4)
Mais
vous pouvez déjà voir qu’il associe
connaissance (knowledge)
et inconscient, ce qui est une façon de suggérer
que vous pouvez apprendre de
votre inconscient. Dans Hypnotic
Realities (en français, le titre a
été traduit par Traité
pratique de l’hypnose), il
déclare :
« Et
il est très important pour les gens de savoir
que leur inconscient est plus intelligent qu'eux. Il y a une
plus grande
richesse d’informations stockée dans
leur inconscient. Nous savons que
l’inconscient peut faire des choses, et il est important
d’assurer au patient
qu’il en est capable. Il doit désirer laisser son
inconscient agir et dépendre
moins de sa conscience. » (5)
Là
aussi, il suggère que votre inconscient est susceptible
de vous aider : vous avez un inconscient intelligent, vous
pouvez y
accéder (sinon ce ne serait pas important de savoir que
votre inconscient est
si intelligent). On est loin du <ça> de
Freud !
Il est
arrivé à de rares occasions qu’Erickson
utilise le
mot subconscient. Comme dans un article publié dans ses
jeunes années en
1934 :
“ What
hypnosis actually is can be explained as yet only in descriptive terms.
Thus it
may be defined as an artificially enhanced state of suggestibility
resembling
sleep wherein there appears to be a normal, time-limited, and
stimulus-limited
dissociation of the “conscious” from the
“subconscious” elements of the psyche.
This dissociation is manifested by a quiescence of the
“consciousness”
simulating normal sleep and a delegation of the subjective control of
the
individual functions, ordinarily conscious, to the
“subconsciousness”. But any
understanding of hypnosis beyond the descriptive phase is purely
speculative.” (6)
Un
débat de spécialistes pointe son nez à
l’horizon :
l’Inconscient dont parle Erickson est-il proche du
préconscient dont parlait
Freud ou bien du subconscient ? Si nous laissons de
côté ce débat, nous
nous retrouvons confrontés à deux
possibilités. Soit Erickson avait une théorie
de l’inconscient. Soit il n’en avait pas, ne se
servant du mot inconscient que
pour amener des suggestions positives, car son but était de
soigner, pas
d’élaborer une théorie abstraite.
(1)
Freud, S., Cinq leçons sur la psychanalyse, Petite
Bibliothèque Payot, éd.
2001, p. 49
(2) Freud, S., Cinq leçons sur la psychanalyse, Petite
Bibliothèque
Payot, éd. 2001, p. 51
(3) Freud S., L'interprétation des rêves, Paris,
PUF, 5ème
tirage 1980 (page 521-522)
(4) Erickson M. and Rossi E., Hypnotherapy An
Exploratory Casebook, Irvington Publishers, 1979 (p. 367)
(5) Erickson M.,
Rossi E. and Rossi S., Traité pratique de
l’hypnose, Grancher, 2006 (p. 38)
(6)
Erickson M., Hypnotic Investigation of Psychodynamics Processes
(Collected
papers, vol. 3), Irvington Publishers, 1980 (p. 8)
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