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Le blog de Frédéric Martin
21 avril 2009 Face à la
crise : Retour à Erickson Comme
un lapin dans les phares d’une voiture Avant
de vouloir proposer ou suggérer telle ou telle attitude, il convient d’observer
les comportements actuels. Par mon expérience de coach, j’ai été conduit à
distinguer deux types de réactions. En
premier lieu, la volonté de suivre une analyse rationnelle de la situation
économique conduit les managers à suivre les leçons apprises sur les bancs des
écoles de commerce : diminuer les investissements industriels, poursuivre
des stratégies reposant sur la délocalisation, la sous-traitance,
l’outsourcing. Ce n’est pas forcément créatif, mais cela rassure (pour autant
que le cadre ou le manager conserve sa place). La
deuxième attitude, plus visible celle-là dans les entretiens individuels, est
le renforcement du stress. Celui qui vient d’être licencié attend avec impatience
de retrouver un poste équivalent, éventuellement en diminuant ses prétentions
financières, mais dans le même domaine d’expertise. Celui qui est en poste s’en
remet à des conduites superstitieuses qui vont de la promesse d’un pèlerinage à
Lourdes (« si je m’en sors ») jusqu’à l’achat régulier de billets de
loto. Un autre se voit réduit à constater une prise de poids soudaine, un autre
encore à augmenter ses doses d’anxiolytiques. Cette
augmentation de stress est le résultat de l’immobilisme, de l’attente que le
passé va se reproduire (« mon salaire va augmenter, je vais retrouver une
situation »). Les anglo-saxons ont une jolie expression imagée, the freeze strategy, un peu comme un lapin surpris par les phares d’une
voiture. Au fond de nous, nous savons qu’il est impossible de retrouver le goût
du plat préféré de notre enfance. La vieille tante qui tenait les fourneaux
n’est plus là, la cheminée a été remplacée par une plaque vitrocéramique, la
poêle qui n’était jamais récurée brille maintenant comme un sou neuf, les
poules ne courent plus en liberté dans la cour, le beurre ne contient plus les
bactéries de la ferme d’à côté. Au fond de nous, nous savons que notre métier
ne sera pas exactement le même à la sortie de la crise, mais, en même temps, nous
ne sommes pas prêts à l’accepter, car ce n’est pas ce que nous désirons vivre.
C’est cette contradiction qui est source de conflit interne et donc de stress. Comment
pourrions-nous désirer vivre un futur que nous ne connaissons pas ? Ainsi,
les changements futurs sont redoutés, les événements passés sont embellis
(« ah, le bon temps de la croissance ! »). Ce stress entraîne
des conséquences importantes sur la vie personnelle. Les vacances se passent en
famille, on ne va plus aussi facilement à l’étranger, on sort moins au
restaurant, au spectacle, on va moins chez les amis. Les motivations ne sont
pas uniquement économiques. Cela correspond aussi à un repli sur soi. Dans
l’imaginaire de l’homme moderne, vous vous faites des amis seulement quand vous
avez de l’argent ! Sommes-nous voués à rester assis sur le canapé du salon
à attendre la fin de la crise devant notre écran plat ? Sans vouloir nier que certains vivent des situations financières inextricables,
sans vouloir nier la réalité d’une souffrance psychique, « je ne suis pas
à la hauteur, je ne vaux rien (au propre comme au figuré) », nos ancêtres
ont su faire face eux aussi à des situations délicates. Vous vous imaginez
devoir affronter un grizzli armé d’une arme préhistorique indigne d’un couteau
suisse ? Retrouver
l’élan de la Renaissance La
Renaissance est l’une de ces époques bénies
où nos ancêtres ont osé penser librement, inventer, découvrir, explorer,
déchiffrer. Comment
retrouver en nous l’énergie de ces pionniers ? Du temps de Christophe Colomb,
auriez-vous osé embarquer sur Les
hommes de la Renaissance apprenaient avant tout par l’expérience. Ils suivaient
les vents dominants, ils faisaient confiance à leur sens de l’observation, à
leurs capacités intellectuelles et manuelles. Le passé était pour eux une
source de connaissances, non une source de regrets, ils se sont réappropriés
les penseurs grecs, latins, sans pleurer sur eux-mêmes parce que l’époque avait
changé. Ils n’avaient pas peur du futur, au contraire, ils étaient impatients
de voir le soleil se lever. Rabelais écrivait en inventant des mots. On a
oublié ceux qui le critiquaient, mais on se souvient de Gargantua et de son
gigantesque appétit de vivre. Comment faire preuve de dynamisme et de créativité au beau milieu d’une récession économique ? Extérieurement, nos styles de vie sont différents de ceux de Christophe Colomb, mais, biologiquement parlant, nous sommes les mêmes. Armé d’une plume d’oie ou d’un ordinateur, nous avons en nous la même capacité à inventer, à nous adapter à des circonstances nouvelles. Où est passé le plan secret du trésor des Incas ? Puiser
dans son passé pour bondir vers l’avenir Le
chemin de la découverte de nos ressources cachées passe par notre inconscient. Ce
n’est pas moi qui le dit, mais Milton Erickson (1901-1980), celui qui fut à la
naissance des thérapies comportementales. Milton
Erickson se considérait comme un scientifique et il a milité pour que le
caractère scientifique de l’hypnose soit reconnu. Il a publié des dizaines
d’articles de recherche sur l’hypnose dans des revues scientifiques, mais il
n’a pas vraiment écrit d’ouvrage sur la théorie de l’inconscient. Contrairement
à Freud qui a largement développé sa théorie de l’inconscient dans des ouvrages
personnels, Milton Erickson a choisi la voie de Pour
ceux qui ont lu des inductions de Milton Erickson, l’approche de la collaboration
avec d’autres auteurs a du sens. Erickson était le champion des champions
lorsqu’il s’agissait de déjouer une résistance. Au lieu de contredire son
interlocuteur ou de ne pas accepter la contradiction (comme Freud avec Adler et
Jung) il s’adaptait non seulement à son langage mais aussi à ses aprioris
théoriques (Gregory Bateson était ethnologue, Ernest Rossi psychologue avec une
passion pour les neurosciences, Grindler étudiait les mathématiques, Bandler la
linguistique, etc.). Une autre raison qui fait que la théorie de l’inconscient
de Milton Erickson n’a pas donné lieu à beaucoup de recherches tient dans le
fait que la plupart des ouvrages sur Erickson discutent surtout de deux sujets:
comment induire une transe; comment utiliser la transe pour provoquer une
guérison. En
répondant à des questions posées par Ernest Rossi, Erickson livre cependant le principal
élément de sa théorie: « La conscience et l’inconscient sont donc des
éléments séparés ? Oui, ce sont des systèmes séparés » (1) La
phrase est simple, mais les implications sont complexes. Il y aurait donc à
l’arrière de votre cerveau un inconscient (‘in the back of your mind’). Et vous
ne le saviez pas. Le
conscient réfléchit, se souvient, sait des choses. Mais l’inconscient a ses propres
idées, souvenirs, facultés de comprendre (‘ideas, memories, understandings’).
Chacun a son savoir, mais ce sont deux systèmes qui fonctionnent différemment. Je
dirais que le conscient réfléchit, l’inconscient apprend. Ce
sont des processus inconscients qui interviennent dans tout apprentissage (‘learnings’).
Vous avez appris à vous tenir debout, à marcher, à parler, à écrire, à nager.
Toujours selon Erickson, l’inconscient apprend par l’expérience :
« S. tente d’avoir une compréhension rationnelle de l’hypnose. Elle ne
réalise pas que pour apprendre à nager, il faut entrer dans l’eau et en faire
l’expérience réelle. Une connaissance intellectuelle et livresque de la nage ne
marcherait pas. » (2) Puisque
ce sont des processus inconscients d’apprentissage qui interviennent, vous
savez beaucoup plus de choses que vous n’en savez… consciemment. En
conséquence, vous êtes capable d’accomplir beaucoup plus de choses que vous ne
le pensez. Lors d’une conférence, Erickson disait : “We all can
do so many more things than we realize.” (3)
Dans une autre conférence, Erickson expliquait que votre inconscient peut
apprendre sans vous laisser percevoir que vous êtes en train d’apprendre ;
mais, au moment opportun et dans la bonne situation, il saura faire émerger ce
qui est essentiel au niveau du conscient. (4) Lorsque
Rossi lui demande s’il croie à un inconscient créatif, Erickson répond que le conscient et l’inconscience sont deux
états de conscience (‘awareness’) différents. (5) Vous pouvez descendre à pied
les Champs-Elysées sans faire attention aux feux rouges, pourtant vous arrivez
sain et sauf devant chez Virgin. Vous pouvez monter un escalier sans y penser,
sans compter les marches, pourtant vous les montez une par une. Comme
le disait Erickson : « Lorsque les gens disent qu’ils n’aiment pas le
froid, il s’agit simplement d’un biais conscient. Parfois, il est agréable
d’avoir froid – particulièrement lorsque vous avez trop chaud. » (6) La
créativité n’appartient pas à proprement parler à l’inconscient. Mais, le plus
souvent, ce sont les croyances, les partis pris (‘bias’ en anglais) qui
entravent Comment
s’y prend-on pour faire appel à son inconscient ? La
première étape passe par La
deuxième étape est simple à expliquer: il vous suffit de faire confiance à
votre inconscient. Ce n’est pas en fronçant les sourcils et en serrant les
poings que vous allez trouver une solution à vos problèmes. Des exercices
mentaux et somatiques peuvent vous aider à innover, à inventer un nouveau
produit, un nouveau service ou à changer de métier, grâce à la libération des
capacités qui vous sont propres. Une suggestion ? Vous pouvez vous poser
cette question avant de vous coucher : « Qui d'autre est capable
d'obtenir un résultat comparable à celui recherché? » Ensuite, au réveil,
vous vous dites « Je veux faire ou me comporter comme Rabelais, Christophe
Colomb ou Léonard de Vinci.... » En
faisant appel aux apprentissages du passé qui résident dans l’inconscient, vous
pouvez, vous aussi, apprendre à saisir les bonnes opportunités… au bon moment. (1) Erickson
M., Rossi E. and Rossi S., Traité pratique de l’hypnose, Grancher, 2006 (p.
345) (2) Erickson
M., Rossi E. and Rossi S., Traité pratique de l’hypnose, Grancher, 2006 (p.
324) (3) Erickson M ., Healing in Hypnosis (Seminars,
Vol. I), Free Association Books, éd. 1998, p. 166 (4) Erickson M., Life Reframing in Hypnosis (Seminars,
Vol. II), Free Association Books, éd. 1998, p. 47 (5) Erickson M., The Nature of Hypnosis and Suggestion
(Collected Papers, Vol. I),
Irvington Publishers, 1980, p. 119-120 (6) Erickson
M., Rossi E. and Rossi S., Traité pratique de l’hypnose, Grancher, 2006 (p.
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