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4 janvier 2010

Journal de Westerwede et de Paris, 1902

Voici un commentaire du journal tenu par Rainer Maria Rilke lors de son premier séjour à Paris, en 1902 (*).

Dans l’imaginaire des admirateurs de l’œuvre poétique de Rilke (1875-1929), le poète refuse le boulot pépère dans une banque pragaise (oui, Prague) que lui proposait son paternel,  abandonne sa jeune épouse, Clara, et débarque à Paris avec le vague fantasme de devenir un écrivain immortel. Là, il rencontre Rodin, fréquente le beau monde, rêve d’écrire une monographie sur le grandissime sculpteur, tout en promenant sa flemme angoissée dans les rues de Paris.

Ce petit journal voit un Rilke désemparé, sans argent, habitant une petite chambre d’un cinquième étage rue de l’Abbé de l’Epée. Sa femme vient le retrouver, il lui trouve une mansarde, au sixième, juste au-dessus. Comment voulez-vous interpréter cette suite d’événements ?

Une note en bas de page apporte un élément de réponse (note 1, page 33, lettre du 8 janvier 1902) : 

« …mon père, qui est loin d’ici, veut me procurer un emploi dans une banque à Prague –mais cela voudrait dire qu’il faut tout abandonner, tirer un trait, renoncer,… d’avoir l’espace et le droit de rester celui que je suis et que je veux devenir. »

Etait-il un mari indigne ? Infidèle ? Incapable ? Egoïste ? Fauché ? Faut-il admirer son courage ou bien critiquer sa folle ambition ?

A la recherche de l’inspiration, Rilke passe de long mois à combattre le démon de l’angoisse paralysante. Il s’interroge sur sa vocation, les jours passent, il ne trouve pas de travail et il ne produit pas grand-chose. Ecrasé par l’exemple de Rodin, alors en pleine gloire, il se compare, se flagelle. Juste avant de terminer son journal et de débuter véritablement son œuvre d’écriture, le 4 novembre 1902 (p. 81), il écrit : 

«…Et toujours pas de travail. Rien. Etre seul, assis et regarder dans les jardins, et par-delà les jardins. Ca aiderait peut-être. J’en ai tellement besoin. Mais aucune aide hors la mienne ne peut me servir. Et où est-elle… cette aide à moi, en moi, ce soutien ? »

En espérant que 2010 réveille notre ressource intérieure, l’inspiration créatrice qui est en chacun de nous.



(*) Bibliothèque Rivages, ISBN : 2 7436 0830 7






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